Le décrochage expliqué simplement aux élèves pilotes

Le décrochage expliqué simplement aux élèves pilotes

Le mot fait peur : décrochage. Pour beaucoup, il évoque un avion qui tombe parce que le moteur s'arrête. En réalité, le décrochage n'a rien à voir avec le moteur. C'est une notion d'aérodynamique simple, et la comprendre vraiment est l'une des meilleures assurances-vie d'un pilote.

Schéma : écoulement de l'air sur l'aile à faible incidence puis à l'incidence critique

Tout est une question d'incidence

L'incidence est l'angle entre l'aile et l'air qui arrive sur elle. Plus l'incidence augmente, plus l'aile produit de portance… jusqu'à une limite : l'incidence critique, souvent autour de 15 à 18 degrés.

Au-delà, les filets d'air n'arrivent plus à suivre le dessus de l'aile. Ils décollent, deviennent tourbillonnaires, et la portance s'effondre brutalement. C'est ça, le décrochage : l'aile dépasse son incidence critique.

Pourquoi ce n'est pas une question de vitesse

On parle souvent de « vitesse de décrochage », et elle figure dans le manuel de vol. Mais cette vitesse n'est valable que dans des conditions précises : vol en ligne droite, à une masse donnée, avec une configuration donnée. Un avion peut décrocher à n'importe quelle vitesse et dans n'importe quelle position, dès que l'incidence critique est dépassée.

La vitesse de décrochage augmente notamment :

  • en virage : à 60° d'inclinaison en palier, l'aile porte deux fois le poids de l'avion, et la vitesse de décrochage augmente d'environ 41 % ;
  • quand l'avion est plus lourd ;
  • lors d'une ressource brutale, quand on tire fort sur le manche.

À l'inverse, les volets permettent de voler plus lentement avant d'atteindre l'incidence critique.

Les signes qui préviennent

  • L'avertisseur de décrochage sonne ou s'allume, quand l'appareil en est équipé.
  • Les commandes deviennent molles et répondent moins.
  • Des vibrations apparaissent : l'air décollé secoue l'empennage.
  • L'avion est cabré, la vitesse faible, le variomètre descend malgré le manche tiré.

Le réflexe de sortie

La priorité absolue est de réduire l'incidence : rendre la main, c'est-à-dire relâcher la pression sur le manche ou le pousser légèrement. Ensuite seulement, remettre de la puissance, remettre les ailes à plat en gardant la bille au milieu, puis reprendre une trajectoire normale.

La procédure exacte de votre appareil figure dans son manuel de vol. Les décrochages se travaillent en vol, avec un instructeur, à une hauteur de sécurité.

Le piège classique : tirer pour ne pas descendre

Quand un avion ralentit et commence à s'enfoncer, l'instinct pousse à tirer sur le manche pour « tenir » l'altitude. C'est exactement ce qui augmente l'incidence et mène au décrochage. Voilà pourquoi on apprend à rendre la main d'abord, même si cela semble contre-intuitif près du sol.

Et la vrille ?

La vrille est un décrochage dissymétrique : une aile décroche davantage que l'autre, et l'avion part en rotation autour de son axe vertical tout en descendant. Elle naît le plus souvent d'un décrochage avec du lacet, par exemple un virage mal coordonné à basse vitesse, typiquement dans le dernier virage avant la finale. La procédure de sortie dépend de l'appareil et s'apprend avec votre instructeur ; la meilleure protection reste de ne jamais laisser le décrochage s'installer, et de garder la bille au milieu.

À retenir

  • Le décrochage est une affaire d'incidence, pas de moteur.
  • Il peut survenir à n'importe quelle vitesse, surtout en virage serré ou lors d'une ressource.
  • Sortie : réduire l'incidence d'abord, puis puissance, ailes à plat.
  • Virage à basse vitesse : restez coordonné, bille au milieu.

Recevez la fiche gratuite « Les chiffres clés de l’aviation légère »

Incidence critique, facteur de charge, minimums météo… toutes les valeurs de l'examen dans un guide illustré de 5 pages.

Comprenez les principes du vol, sans maths compliquées

Dans Objectif Cockpit, le module Principes du vol explique les forces, l'incidence, le décrochage, la vrille et le facteur de charge avec des schémas clairs et des exercices concrets.